70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz: les Roms et la question du génocide tsigane largement absents des commémorations et des médias

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz: les Roms et la question du génocide tsigane largement absents des commémorations et des médias

Message par Clément le Jeu 12 Fév - 14:11

Article paru le 29 janvier 2015 sur le site Dépêches tsiganes :

http://www.depechestsiganes.fr/70eme-anniversaire-de-la-liberation-dauschwitz-les-roms-et-la-question-du-genocide-tsigane-largement-absents-des-commemorations-et-des-medias/

Ce mardi 27 janvier marquait le 70ème anniversaire de la libération par l’armée soviétique du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau (Pologne), devenu le symbole du génocide des Juifs mené à échelle industrielle par les Nazis et leurs alliés. Quand les soldats pénétrèrent dans le camp, il ne restait que 7.000 déportés, les plus faibles. Les autres avaient été évacués vers Loslau (aujourd’hui Wodzislaw Slaski, en Pologne) lors d’une « marche de la mort » au cours de laquelle tout signe de faiblesse valait à l’être humain qui le laissait échapper une balle dans la nuque.
Les cérémonies officielles sur les lieux même de l’horreur on réuni une cinquantaine de chefs d’Etat, dont les présidents français François Hollande, allemand Joachim Gauck et ukrainien Petro Porochenko, et une centaine de survivants, pour la plupart nonagénaires et se faisant de plus en plus rares au fil des ans. Des cérémonies officielles internationales ont également eu lieu au Mémorial de la Shoah à New York et en République tchèque. Mais en cette journée internationale de mémoire de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’Humanité et des génocides bien peu de place a été accordée sur les tribunes, dans les discours officiels et dans les médias aux survivants tsiganes et à la question du génocide tsigane qui reste largement méconnu, voire tenu délibérément à l’écart de la mémoire collective. Tout juste a-t-on pu lire au détour d’une phrase dans certains médias que parmi les 1, 1 million de personnes exterminées à Auschwitz-Birkenau, figuraient « des tsiganes » au côté des 1 million de Juifs qui y furent assassinés. En vérité ce sont au moins 23.000 tsiganes dont 6.000 enfants qui furent enfermés dans le « camp des familles tsiganes » à Birkenau, où un mémorial aux victimes Roms et Sinti a été érigé.
« Toutes les victimes ont droit à la dignité », ont protesté des associations européennes de la société civile militant pour les droits des Roms et la reconnaissance à part entière du génocide qui a frappé quelque 500.000 tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale. Quelque 23.000 tsiganes dont 6.000 enfants ont été emprisonnés à Auschwitz-Birkenau et « le summum de l’horreur de la solution finale » appliquée aux tsiganes s’est produit dans le « camp des familles » le 2 août 1944, lorsque 2, 897 tsiganes, des personnes âgées, des femmes et des enfants, ont été « liquidés » dans des chambres à gaz. « Les Nazis avaient l’intention d’exterminer totalement les Roms », écrivent ces associations dans un communiqué rédigé en anglais et intitulé « pour l’inclusion des Roms dans les commémorations du 27 janvier ». « Ces leçons de l’Histoire n’ont pas été intégrées dans la mémoire collective de nos sociétés », soulignent ces ONG comprenant European Roma Grassroots Organization (ERGO) Network, basé à Bruxelles, European Roma and Travellers Forum (ERTF), basé à Strasbourg, R.R.O.M.A. (Kratovo, Macédoine), Roma Active Albania (Tirana), Slovo 21 (Prague), Integro (Razgrad, Bulgarie).
« Malgré des demandes en ce sens et une pétition ayant réuni 2.000 signatures, aucun orateur Rom n’a été invité à la cérémonie du 27 janvier au mémorial de la Shoah de New York, déplorent ces associations. De même, les victimes Roms « ont été ignorées » lors des commémorations qui se sont déroulées en République tchèque, s’indignent-elles, rappelant les marches néo-nazies que subissent actuellement les Roms en République tchèque ainsi que le fait qu’une porcherie se trouve toujours sur les lieux d’un camp où périrent des tsiganes à Léty.
Inclure des Roms dans les célébrations de la journée internationale de la mémoire de l’Holocauste est d’autant plus nécessaire, ajoute le texte, que la communauté internationale n’a toujours pas reconnu une journée internationale de commémoration du génocide tsigane, les associations de défense des droits des Roms souhaitant que cette journée soit fixée au 2 août.
« Nous ne pouvons tolérer que les leçons de l’histoire n’aient pas été apprises. Nous ne pouvons accepter d’être effacés de l’Histoire une nouvelle fois », martèlent les associations signataires du texte. « Nous devons mettre en lumière le génocide oublié des Roms, l’exclusion sociale, l’anti-tsiganisme et les discours de haine que les Roms subissent encore aujourd’hui et qui découlent de l’ignorance et de l’absence de reconnaissance du génocide Rom ».
De son côté l’ONG tchèque Konnexe, qui soutient les populations Roms confrontées à des violences néo-nazies en République tchèque a participé à une commémoration du génocide tsigane à Terezin avant la commémoration internationale. « Les victimes Roms de l’Holocauste ont également droit à la dignité », a souligné l’ONG. « De nombreux Roms ont été prisonniers à Auschwitz, déportés depuis des territoires occupés par les Nazis. Il y a eu un « camp des familles » tsiganes à Bikenau. Les Roms y ont terriblement souffert. Des enfants Roms y ont été transformés en cobayes pour des expérimentations inhumaines menées par des +médecins+ nazis », a rappelé Konnexe, qui « proteste contre la négation du génocide Rom en République tchèque, non seulement par une partie de la société mais aussi par des dirigeants politiques de premier plan et des membres du parlement ».
Les Nazis considéraient les tsiganes comme « racialement inférieurs » et, tout comme les Juifs, les tsiganes subirent des internements arbitraires, du travail forcé et des assassinats de masse.
Dès 1933, les municipalités allemandes, sans ordre central, commencèrent à repérer les familles tsiganes ou celles qui « vivaient comme des tsiganes » et les enfermèrent dans des camps (zigeunerlager). Deux ans plus tard, la persécution des Tsiganes fut inscrite dans les lois de Nuremberg. C’est la police criminelle, chargée de la traque des « asociaux », qui fut chargée de mettre en place un département de recherche et de liquidation des tsiganes.
Cette politique d’extermination fut étendue au Grand Reich et pratiquée à l’échelle européenne.
En mai 1940, le régime nazi décida de déporter les tsiganes de l’ouest de l’Allemagne vers l’est. Les tsiganes du camp de Lackenbach, en Autriche, furent déportés au ghetto de Lodz (Pologne).
Fin 1942, sur ordre d’Himmler, la centralisation des déportations familiales de tsiganes à Auschwitz fut décrétée. Quelque 23.000 tsiganes dont environ 6.000 enfants furent déportés dans ce camp spécial construit à Auschwitz-Birkenau, le centre de la « solution finale » des juifs. Certains seront utilisés comme cobayes pour des expérimentations médicales iniques.
Le 16 mai 1944, les Nazis décidèrent de tuer tous les tsiganes qui se trouvaient dans ce « camp des familles », ainsi nommé car des familles entières y furent internées et exterminées. Mais, dans un acte de résistance désespéré et peu connu, les intéressés, armés de barres de fer et de bâtons, refusèrent de sortir des baraques. Ils n’obtinrent que quelques mois de sursis.
Le 2 août, les baraques furent encerclées. 2.897 hommes, femmes et enfants furent chargés dans des camions et emmenés jusqu’à la chambre à gaz V où ils furent exterminés. Les corps furent brûlés.
Dans le Grand Reich, les tsiganes furent exterminés à plus de 80%, à l’extérieur de 40 à 80% selon les régions et le degré de collaboration avec les nazis des régimes concernés. Ainsi les oustachi croates menèrent une politique d’extermination systématique des tsiganes. En ex-Yougoslavie environ 90.000 d’entre eux furent tués.
A l’échelle européenne, les historiens estiment actuellement à quelque 500.000 les Tsiganes tués par les Nazis et leurs alliés. Ce chiffre pourrait être revu à la hausse au fur à mesure des recherches historiques qui ont été tardives, certaines archives commençant à peine à être exploitées.
Après la guerre, les rescapés tsiganes des camps n’ont pu récupérer ni leur nationalité allemande ni leurs biens et l’Allemagne de l’Ouest a longtemps nié le caractère racial de la déportation et de l’extermination des tsiganes, assurant qu’ils avaient été persécutés comme « asociaux ».
La reconnaissance officielle du génocide tsigane, également appelé Samudaripen en romani, n’est intervenue qu’en 1982 en Allemagne de l’Ouest. Et ce n’est que fin 2012 qu’un mémorial aux Roms et Sinti victimes du nazisme a été inauguré à Berlin.
Malgré ces quelques étapes franchies, le génocide tsigane reste peu connu. Il n’est quasiment pas enseigné et reste en marge de la recherche historique.
L’association TernYpe, un réseau de jeunesse internationale Rom (International Roma Youth Network), regroupant des organisations de jeunesse militant pour les droits des Roms et venant d’Albanie, Bulgarie, Allemagne, Hongrie, Italie, Macédoine, Pologne, Roumanie, Slovaquie et Espagne, réclame la reconnaissance officielle de la date du 2 août pour la commémoration du génocide tsigane.
Elle a réuni à l’été 2014 à Cracovie, l’une des plus belles villes d’Europe centrale, située à 70 km à l’est du site d’Auschwitz, un millier de jeunes Roms et non Roms d’une vingtaine de pays qui ont dialogué avec des survivants et des chercheurs afin de devenir des vecteurs de mémoire.
Cette initiative vise à faire connaître aux jeunes Européens, à la société civile et aux décideurs le génocide Rom mais aussi les mécanismes de l’anti-tsiganisme dans un contexte de montée du racisme, des discours de haine et de l’extrémisme en Europe.
« Ce chapitre de l’histoire européenne reste encore dans une large mesure non reconnu », souligne TernYPe. « Le génocide Rom n’est pas encore entré dans les canons de l’histoire moderne et est très peu enseigné ou même mentionné dans les programmes scolaires », déplore-t-il. Ce n’est qu’au cours des dernières années, et grâce aux efforts conjugués des organisations Rom et non Rom et de particuliers que le génocide rom a obtenu progressivement une reconnaissance officielle: en 2011, le gouvernement polonais a passé une résolution pour la reconnaissance officielle du 2 août comme journée de commémoration, en 2012 le parlement européen a débattu d’une déclaration pour cette même reconnaissance mais elle doit encore être votée.
Témoin de la puissance du souvenir du génocide tsigane dans les familles touchées, de nombreux voyageurs français et de nombreux Roms à l’étranger ont échangé ces derniers jours sur les réseaux sociaux des paroles de deuil, de douleur mais aussi d’amertume face à la négation systématique de leurs droits en France et en Europe, à la non reconnaissance de l’internement en France et de l’extermination systématique des tsiganes dans les autres territoires dominés par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Certains ont également exprimé, à l’instar de certains juifs voyant ressurgir l’antisémitisme en Europe, la peur du retour de l’anti-tsiganisme, une logique qui a mené à l’extermination aveugle de centaines de milliers des leurs. Et ils auraient pu reprendre les mots prononcés ce mardi par un rescapé juif: « je parle et je lutte pour que notre passé ne soit pas l’avenir promis à nos descendants ». De nombreux voyageurs français ont perdu des proches à Auschwitz-Birkenau ou dans d’autres camps de la mort et certains se rendent dans le camp-musée pour se recueillir.
Isabelle Ligner

Clément
Admin

Messages : 77
Date d'inscription : 07/02/2015
Age : 35
Localisation : Béthune

Voir le profil de l'utilisateur http://apprendrelerromani.forumactif.fr

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum